Fêlures
Cette proposition photographique fait état de ma propre relation au Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis. Plus qu’un travail de saisie, elle se focalise sur l’expérience perceptive et sensible d’un espace travaillé à partir de sa surface. Les tirages photographiques, agencés à même le mur fusionnent deux réalités matérielles et visuelles, celle de leur surface ainsi que celle de leur profondeur. Paul Valéry écrivait : « Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau. » Ainsi, le musée se mue en corps symbolique exposant au regardeur les multiples plaies et entailles de sa peau. Cet épuisement charnel ne cesse de rappeler son devenir voué à la disparition mais aussi sa relation au passé et à l’Histoire. Par la représentation des fissures du mur, des craquelures du verni des tableaux, de l’usure du mobilier et du vieillissement des mains des employés du musée, la mémoire du lieu rejaillit ainsi que celle des évènements violents de la Commune. Aussi, la fêlure n’est pas un état des choses mais une dialectique. En effet, elle n’est pas que catastrophe et destruction mais un mouvement prenant en compte l’épuisement et l’effondrement pour en faire émerger un autre. La fêlure contient en elle l’exigence d’une transformation. En l’occurrence, il s’agit d’une image appréhendée comme une nouvelle puissance visuelle, perceptive voire tactile offerte au spectateur.